Faire du don le 8e pilier de l’économie circulaire : une étude appelle à bâtir une véritable politique du don

Communiqué de l’INEC, de l’Agence du Don en Nature et de Dons Solidaires – 9 octobre 2026

Chaque année en France, près de 2 milliards d’euros d’invendus non alimentaires sont générés, dont 850 millions d’euros pourraient théoriquement être donnés mais ne le sont pas. Quatre ans après l’entrée en vigueur de la loi AGEC, l’Institut National de l’Économie Circulaire (INEC), l’Agence du Don en Nature (ADN) et Dons Solidaires dévoilent les premiers enseignements d’une étude inédite, réalisée avec le soutien de l’ADEME et de l’Institut Crédit Mutuel. Présentée le jeudi 8 octobre lors d’une conférence de presse, elle appelle à faire du don un véritable pilier de l’économie circulaire, à travers dix propositions destinées aux pouvoirs publics.

850 millions d’euros d’invendus pourraient être donnés chaque année

Depuis l’entrée en vigueur de la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC), la destruction des invendus non alimentaires est interdite, sauf exceptions réglementaires. Pourtant, quatre ans après sa mise en application, le potentiel du don reste largement sous-exploité. Selon les données de l’ADEME, près de 2 milliards d’euros d’invendus non alimentaires sont générés chaque année en France, dont 850 millions d’euros pourraient théoriquement être donnés mais ne le sont pas.

Au-delà de leur valeur économique, ces produits représentent un enjeu environnemental majeur : selon les données analysées dans le cadre de l’étude, la destruction d’un invendu peut générer jusqu’à vingt fois plus d’émissions de carbone que sa réutilisation. Le don apparaît ainsi comme une réponse à un double défi : limiter le gaspillage de ressources et permettre à des personnes en situation de précarité d’accéder à des produits de première nécessité.

« Le don ne figure dans aucun des sept piliers actuels de l’économie circulaire. Historiquement solidaire, il est devenu un enjeu environnemental. L’étude a démontré que donner ne s’improvise pas, recevoir non plus. Il faut mettre en place une véritable politique du don : financement, accompagnement des acteurs, cadre réglementaire, assurance, logistique. »

Emmanuelle Ledoux, directrice générale de l’Institut National de l’Économie Circulaire

Des freins réglementaires et logistiques

Près de 70 % des entreprises déclarent ne pas connaître les obligations réglementaires qui leur incombent en matière d’invendus. Cette méconnaissance freine la mise en place de pratiques adaptées et la réorientation des produits vers les structures de solidarité. Pour l’Agence du Don en Nature, une meilleure connaissance des flux d’invendus et de leur devenir constitue un préalable indispensable.

« Nous appelons à un meilleur suivi de la loi AGEC et à des données consolidées sur les invendus, afin d’évaluer la loi et de flécher au mieux les invendus vers la solidarité. »

Alexandra Vidal, directrice générale de l’Agence du Don en Nature

À ces difficultés s’ajoutent des contraintes logistiques importantes : collecte, stockage, transport, tri et redistribution des produits nécessitent des moyens humains et financiers que toutes les structures associatives ne possèdent pas. Le manque de structuration des flux et les capacités limitées des associations à absorber certains volumes constituent également des obstacles.

« Les petites associations manquent de moyens (transport, stockage, tri, traçabilité) et reposent sur le bénévolat. Nous demandons que les politiques publiques financent et soutiennent toute la chaîne du don. »

Sauhade Ezbatti, directrice et fondatrice de l’association Marhaba

Dix propositions pour faire du don un pilier de l’économie circulaire

L’INEC, l’Agence du Don en Nature et Dons Solidaires appellent à dépasser la seule logique de gestion des invendus pour construire une véritable politique publique du don, conciliant objectifs environnementaux, solidarité et viabilité économique. L’étude formule dix propositions à destination des pouvoirs publics, articulées autour de trois ambitions :

  • réduire l’impact environnemental de la destruction des invendus, en favorisant leur réorientation vers des circuits de réutilisation et de solidarité ;
  • préserver la vocation sociale du don, afin que les produits bénéficient en priorité aux personnes qui en ont le plus besoin ;
  • permettre l’émergence de modèles économiques viables et complémentaires, capables d’accompagner durablement les entreprises et les associations dans l’organisation du don.

« Le modèle non lucratif apporte connaissance des besoins, mutualisation logistique pour les petites structures et utilité sociale des dons. Nous demandons un soutien accru des pouvoirs publics, le don étant une politique publique et non un marché. L’économie du don doit être davantage soutenue pour donner les moyens d’en faire un véritable pilier de l’économie circulaire. »

Dominique Besançon, déléguée générale de Dons Solidaires

Une étude officiellement présentée le 14 octobre

L’étude « Faire du don le 8e pilier de l’économie circulaire » devait être officiellement présentée le 14 octobre 2026 lors du Conseil national de l’économie circulaire (CNEC), afin de porter les propositions auprès des décideurs publics.

À propos de l’Agence du Don en Nature

Créée en 2008, l’Agence du Don en Nature (ADN) lutte contre la précarité matérielle : elle collecte auprès des entreprises des produits neufs non alimentaires et les redistribue à un réseau de 1 500 associations de solidarité. Chaque année, plus de 7 millions de produits, d’une valeur marchande de 52 millions d’euros, bénéficient à plus d’un million de personnes en situation de précarité.