Baromètre Aider & Travailler 2026 (Interfacia, Tilia) – communiqué du 5 octobre 2026
Salariés aidants : de la prise de conscience à l’action, les entreprises face au défi du management de l’aidance.
- 55 % des salariés aidants interrogés le sont depuis au moins 6 ans, dont 28 % depuis plus de 10 ans ; ils consacrent en moyenne 14 heures par semaine à l’accompagnement de leur(s) proche(s), soit l’équivalent de deux journées de travail
- 66 % consacrent entre 150 € et 500 € par mois pour soutenir leur proche
- 85 % déclarent que leur rôle a des répercussions négatives sur leur santé et 65 % sur leur travail
- 97 % des RH n’ont mis en place aucune mesure favorisant le dialogue entre salariés aidants et non-aidants
- 76 % des managers et collègues d’aidants estiment qu’ils auraient besoin d’être accompagnés sur le sujet, ce qui fait aujourd’hui défaut
L’aidance s’est durablement installée dans le quotidien des entreprises françaises : 20 % des salariés sont aidants. Depuis 2017, le Baromètre Aider & Travailler, réalisé par Interfacia, premier acteur du management de l’aidance en entreprise, analyse cette réalité et ses conséquences sur le monde professionnel. Pour sa quatrième édition, menée en partenariat avec Tilia (filiale de BNP Paribas Personal Finance, également partenaire), l’ANPP – Territoires de projet et Olystic, l’étude change de focale : au-delà de l’identification des salariés aidants et des dispositifs qui leur sont proposés, elle interroge la capacité des entreprises à comprendre ce que les situations d’aidance produisent concrètement dans leur organisation, à donner aux employeurs les moyens d’agir et à mesurer l’efficacité des réponses apportées.
La parole se libère et se déplace vers le manager
L’aidance s’inscrit dans un temps long et reste peu visible au travail : elle devient généralement connue lorsque la personne concernée choisit d’en parler. La parole semble néanmoins progressivement se libérer : la part de ceux qui n’en parlent à personne est passée de 25 % à 7 % en trois ans. Les interlocuteurs évoluent : 54 % en parlent à leur manager direct (+2 points), 32 % à leurs collègues (-30 points) et 25 % à la DRH (-6 points), signe d’un déplacement du sujet vers le champ managérial. Pour autant, 27 % des salariés aidants ressentent encore une gêne vis-à-vis de leurs relations de travail, notamment parce qu’ils redoutent d’exposer leur vie privée ou d’être perçus comme moins disponibles.
L’aidance impacte l’ensemble du collectif de travail
Pour 85 % des salariés aidants, leur rôle a des répercussions sur leur santé. Dans leur vie professionnelle, 65 % déclarent des effets négatifs sur leur travail, au premier rang desquels leur capacité à organiser leur activité (69 %), mais aussi leur rémunération (47 %) et leur évolution de carrière (43 %).
L’impact ne s’arrête pas au salarié aidant : 62 % des collègues et managers travaillant avec un aidant affirment que cette situation a un impact négatif sur leur propre travail, en premier lieu sur leur organisation et celle de l’équipe. Les RH constatent aussi des conséquences : 40 % citent le climat social des équipes, 25 % l’absentéisme et 24 % la charge de travail des collègues. Une politique d’entreprise efficace doit donc aussi prendre en compte la capacité du manager à organiser l’activité et celle de l’équipe à absorber les ajustements nécessaires.
Les effets ne sont pas exclusivement négatifs : selon 89 % des collaborateurs aidants, ils ont acquis ou renforcé des compétences du fait de leur rôle (+19 points ; 69 % en 2023), un constat partagé par 84 % de leurs collègues et managers (+20 points ; 65 %).
La souplesse dans l’organisation du travail, première attente des aidants
Le temps plein progresse nettement : 91 % des actifs aidants travaillent à temps plein, soit 17 points de plus qu’en 2023 (74 %). Cette évolution pourrait s’expliquer par le développement du télétravail et de la souplesse horaire. Lorsqu’il subsiste, le temps partiel est rarement un choix : 93 % des aidants concernés l’exercent par obligation, du fait de leur rôle (+24 points par rapport à 2023), contre 7 % par choix.
Interrogés sur les solutions qui facilitent leur maintien dans l’emploi, 61 % des salariés aidants (+14 points) citent en premier lieu les horaires aménagés ou la possibilité de les modifier, loin devant la souplesse dans la prise des congés payés (38 %). Par ailleurs, 77 % déclarent que les dispositifs mis en place par leur entreprise contribuent à leur fidélité professionnelle, et 71 % des collègues et managers non-aidants jugent probable, voire certain, de devenir aidants dans les cinq prochaines années.
Des RH davantage sensibilisés, mais un passage à l’action encore inégal
89 % des RH savent désormais que 20 % des salariés sont aidants (+22 points) et 62 % que près d’un tiers des effectifs sont concernés (+25 points). Ils sont 74 % à affirmer ne pas rencontrer de difficulté à se saisir du sujet (51 % en 2023). Le manque de formation, cité par 27 % d’entre eux en 2023, ne l’est plus que par 5 %. L’aidance est inscrite dans le dialogue social dans 72 % des organisations (+32 points).
Cette meilleure connaissance ne s’est pas entièrement traduite en actes : 97 % des RH n’ont mis en place aucune mesure visant à favoriser les échanges entre collaborateurs aidants et non-aidants et 81 % n’ont mis en place aucune action. 49 % ont déployé une information sur l’aidance (+18 points), mais seuls 34 % des salariés aidants qui recourent aux dispositifs de leur entreprise déclarent l’utiliser. 41 % des RH disposent d’un dispositif permettant de repérer les salariés aidants et 5 % indiquent qu’une telle mesure est en cours de mise en place.
Un décalage persiste entre les attentes des aidants et les réponses des entreprises : les horaires aménagés ou modifiables constituent le premier levier cité par les aidants, mais seuls 40 % d’entre eux ont pu aménager leur temps de travail ; ces mesures n’arrivent qu’au 3e rang des dispositifs déployés par les RH. La souplesse dans la prise des congés, au 2e rang des priorités des aidants, n’est qu’au 8e rang (ex aequo) des mesures mises en place. Côté managers et collègues, ils estiment que l’entreprise doit contribuer à trouver des solutions concrètes pour les aidants (100 %), pour leurs managers (99 %) et pour leurs collègues (99 %).
Passer d’une politique de dispositifs à un véritable management de l’aidance
L’édition 2026 fait évoluer le Baromètre en un outil de pilotage, « L’Empreinte de l’aidance », qui propose une lecture selon cinq dimensions : instantanée (rendre le sujet visible et mesurable), temporelle (réponses ajustables dans le temps), relationnelle (renforcer le collectif), organisationnelle (reconnaître et mobiliser les compétences acquises par les aidants) et économique (le coût caché de l’aidance représenterait 3,76 % de la masse salariale, selon N. Chusseau, Coûts cachés de l’aidance, 2025).
Six décisions sont proposées : mesurer les situations, les besoins et les effets ; définir des règles, responsabilités et relais communs ; équiper les managers pour agir et orienter ; adapter le travail et les dispositifs de temps ; faciliter l’accès aux droits et aux accompagnements ; anticiper, évaluer et réviser dans la durée. L’enjeu n’est pas de multiplier les dispositifs, mais de s’assurer qu’ils sont connus, accessibles et réellement mobilisables.
« L’aidance est une réalité qui traverse l’entreprise sans toujours y laisser de trace visible. Pourtant, elle laisse une empreinte sur les parcours professionnels, l’organisation du travail, les collectifs et le management. Et demain, avec le vieillissement de la population et l’allongement des carrières, elle concernera probablement encore davantage de collaborateurs. (…) mesurer l’empreinte de l’aidance, c’est rendre visible ce qui ne l’est pas encore et donner aux entreprises les moyens d’agir concrètement »
Christine Lamidel, fondatrice et directrice générale de Tilia
« Nous sommes passés d’un enjeu de sensibilisation à un enjeu de pilotage. Les entreprises n’ont pas besoin de connaître tous les détails de la vie personnelle de leurs salariés pour agir : elles doivent être capables d’objectiver les effets de l’aidance sur le travail et de savoir où se situent leurs marges de manœuvre. »
Gabrielle Guèye, fondatrice d’Interfacia
Méthodologie
Baromètre réalisé du 29 mai au 30 juin 2026, par questionnaire accessible par Internet, diffusé via les réseaux sociaux et à partir d’une base de contacts associatifs en charge d’aider les aidants. Échantillon de 358 répondants, redressé par calage sur marge selon les résultats 2026 du recensement de l’INSEE (sexe, âge, statut d’activité, secteur d’activité, zone géographique IDF et hors IDF). La population mère représente la population active, plus les retraités de France métropolitaine.
À propos d’Interfacia et de Tilia
Interfacia, 1er acteur du management de l’aidance, accompagne les employeurs dans la mise en place d’une politique globale et individuelle de l’aidance en entreprise. Tilia, filiale de BNP Paribas Personal Finance issue d’un programme d’intrapreneuriat du groupe BNP Paribas, accompagne les entreprises et leurs salariés aidants.
