Découvert, dossier administratif bloqué, litige avec un propriétaire : en un an, 41 % des salariés français ont affronté ce type de difficultés. Parmi les salariés fragilisés, un sur deux travaille moins bien et six sur dix craignent d’en parler à leur employeur.
Psychologue du travail et président d’Empreinte Humaine, cabinet spécialisé dans la santé mentale au travail, Christophe Nguyen alerte sur un angle mort de la prévention : les fragilités personnelles des salariés. Le baromètre que le cabinet publie avec Ipsos bva, mené auprès de 2 000 salariés, a mesuré pour la première fois leur poids sur le travail. Verdict : un phénomène massif, qui coûte en efficacité et que l’entreprise préfère ne pas voir.
Cinq chiffres à retenir
- 41 % des salariés ont fait face, en un an, à des difficultés financières, administratives ou juridiques
- 1 salarié concerné sur 2 estime que son efficacité au travail en a souffert
- 59 % craignent qu’en parler nuise à leur carrière
- 56 % se sont sentis isolés ou sans soutien au travail
- 79 % de ceux qui ont utilisé un dispositif de soutien le jugent utile
Source : baromètre Empreinte Humaine – Ipsos bva, 16e édition, 2 000 salariés interrogés du 4 au 18 mai 2026.
Quatre salariés sur dix fragilisés dans leur vie personnelle
En douze mois, 41 % des salariés ont dû faire face à des difficultés financières, administratives ou juridiques. Plus largement, 53 % ont traversé une période de stress intense liée à une difficulté personnelle. Derrière le terme de fragilité personnelle, des situations que chacun reconnaît : un budget qui ne boucle plus, un loyer en retard, une séparation ou une succession à régler. Toutes demandent du temps, de l’énergie et de la disponibilité d’esprit, souvent aux heures de bureau, quand les administrations sont joignables.
Ce poids de la vie privée, que le baromètre mesure pour la première fois, s’ajoute à un climat déjà dégradé : un salarié sur deux présente un signe de détresse psychologique, niveau record depuis le lancement de l’étude en 2020.
Un salarié concerné sur deux travaille moins bien
Un salarié concerné sur deux l’affirme : les difficultés personnelles ont entamé leur efficacité professionnelle. Une préoccupation lourde mobilise l’attention : on dort moins bien, on se concentre moins longtemps, on passe ses pauses au téléphone avec sa banque ou une administration. Pour l’entreprise, le coût est réel mais invisible. Il échappe aux indicateurs habituels et peut pourtant se traduire en erreurs, en retards, et en arrêt de travail quand la situation dure.
Managers et RH sont aux premières loges. Selon les baromètres d’Empreinte Humaine, 7 managers sur 10 doivent gérer des situations individuelles complexes, et 74 % des responsables RH sont confrontés à des difficultés sociales ou personnelles qui pèsent sur le travail de leurs collaborateurs.
Le grand silence : six sur dix craignent pour leur carrière
Face à ces difficultés, les salariés concernés décrivent une entreprise absente :
- 62 % estiment qu’elle sous-estime ce qu’ils traversent ;
- 59 % craignent qu’en parler nuise à leur carrière ;
- 56 % se sont sentis isolés ou sans soutien au travail.
Le salarié se tait, le manager ne voit rien ou ne sait pas quoi dire, et la difficulté s’aggrave.
Les solutions : trois leviers pour les entreprises
Quand l’entreprise agit, cela fonctionne. Lorsqu’un dispositif de soutien existe (psychologue, assistante sociale, conseil juridique), 79 % des salariés qui l’ont utilisé le jugent utile. Empreinte Humaine identifie trois leviers :
- Donner accès à une aide concrète et confidentielle. Un accompagnement social, juridique ou psychologique, assuré par des professionnels extérieurs à l’entreprise, que le salarié peut solliciter sans passer par sa hiérarchie.
- Former les managers à repérer et à orienter. Leur rôle n’est pas de résoudre le problème, mais de voir les signaux et de connaître les relais.
- Rendre la parole possible. Seuls 11 % des salariés évoluent aujourd’hui dans un climat de sécurité psychologique élevé, où l’on peut s’exprimer sans crainte des conséquences.
L’entreprise y gagne aussi : 8 salariés sur 10 estiment qu’une entreprise qui aide en cas de fragilité renforce leur engagement.
Un expert pour décrypter : Christophe Nguyen
Psychologue du travail, Christophe Nguyen dirige Empreinte Humaine, qui mesure depuis 2020 la santé psychologique des salariés français. Il peut notamment éclairer : pourquoi les difficultés d’argent, de démarches ou de logement dégradent le travail ; jusqu’où l’employeur peut aider sans s’immiscer dans la vie privée ; ce que managers et RH peuvent faire face à un salarié fragilisé.
À propos d’Empreinte Humaine
Fondé en 2012 par Christophe Nguyen (psychologue du travail et des organisations, enseignant) et Jean-Pierre Brun (professeur de management à l’Université Laval, Québec), Empreinte Humaine est un cabinet indépendant spécialisé dans la promotion de la Qualité de Vie au Travail (QVT) et la prévention des Risques Psychosociaux (RPS). Il est habilité Intervenant en Prévention des Risques Professionnels et organisme de formation.
