Enquête nationale Reversens – communiqué du 29 septembre 2026
- 61 % des salariés ont déjà subi ou observé un comportement hostile au travail au cours de leur carrière
- Santé, hôtellerie-restauration et médico-social : le trio de secteurs perçus comme les plus exposés
- Près d’un salarié sur trois (31 %) n’oserait pas signaler une situation grave et répétée
- 82 % des professionnels du signalement constatent une hausse des alertes en trois ans
Quels sont les secteurs les plus exposés au harcèlement et aux comportements hostiles au travail ? À quels comportements chaque secteur est-il le plus exposé ? Pourquoi une part importante des salariés confrontés à ces situations choisit-elle malgré tout de se taire ? Pour éclairer ces questions, Reversens, cabinet de psychologues fondé par Anne-Sophie Chéron et dédié aux enquêtes éthiques et aux enquêtes liées au harcèlement, a mené une enquête nationale en deux volets : le premier auprès de 3 100 salariés (perception de l’exposition, comportements réellement rencontrés, rapport au signalement), le second auprès de 2 700 professionnels qui recueillent ou traitent les signalements (DRH, RRH, juristes sociaux, référents harcèlement, médecins du travail, élus CSE).
« Ces résultats dessinent une carte de l’exposition qui recoupe largement ce que nous observons sur le terrain : les secteurs en tension, au contact permanent du public ou marqués par de fortes contraintes de rythme, concentrent les comportements hostiles. Mais le chiffre qui doit retenir l’attention n’est pas seulement celui de l’exposition : c’est l’écart entre ce qui est vécu et ce qui est signalé. Tant que la peur des conséquences l’emporte sur la confiance dans le dispositif, une large part des situations reste invisible. »
Anne-Sophie Chéron, ingénieure, psychologue clinicienne et fondatrice du cabinet Reversens
Partie 1 – Les secteurs perçus comme les plus exposés
Invités à désigner les univers professionnels où les salariés sont aujourd’hui les plus exposés, les répondants placent en tête la santé et les hôpitaux (39 %), suivis de très près par l’hôtellerie-restauration (38 %) et le médico-social et l’aide à la personne (34 %). L’enseignement complète le haut du classement (31 %). Ce sont des métiers marqués par le contact permanent avec le public, l’urgence et de fortes contraintes de rythme. À l’inverse, l’informatique (11 %) et la banque-assurance (15 %) ferment la marche.
| Secteur cité comme le plus exposé | % des salariés |
|---|---|
| Santé / hôpitaux | 39 % |
| Hôtellerie / restauration | 38 % |
| Médico-social / aide à la personne | 34 % |
| Enseignement / éducation | 31 % |
| Commerce / grande distribution | 25 % |
| Transport / logistique | 24 % |
| BTP / construction | 19 % |
| Administration / fonction publique | 19 % |
Trois réponses possibles ; le total dépasse donc 100 %.
Dans les secteurs les plus concernés, une majorité de salariés estime son propre univers plus exposé que les autres : 66 % en hôtellerie-restauration, 64 % dans le médico-social, 59 % dans la santé et 56 % dans l’enseignement.
Près de six salariés sur dix déjà confrontés à une situation problématique
Au cours de leur vie professionnelle, 31 % des salariés déclarent avoir été personnellement victimes d’une situation de harcèlement ou de comportements gravement inadaptés, et 48 % en avoir été témoins : au total, 61 % ont déjà été victimes ou témoins, avec un niveau qui culmine en hôtellerie-restauration et dans le médico-social.
Sur les douze derniers mois, dans leur emploi actuel, 58 % des salariés déclarent avoir subi ou observé au moins un comportement hostile. L’hôtellerie-restauration et le médico-social (69 % chacun) devancent la santé (67 %), tandis que l’informatique (43 %) et la banque-assurance (45 %) restent nettement en retrait.
| Secteur | Au moins un comportement subi ou observé (12 mois) |
|---|---|
| Hôtellerie / restauration | 69 % |
| Médico-social | 69 % |
| Santé / hôpitaux | 67 % |
| Enseignement | 64 % |
| Commerce | 64 % |
| Transport | 62 % |
| Administration | 56 % |
| BTP | 54 % |
Partie 2 – À quoi les secteurs sont-ils exposés ?
Vue depuis les cellules de recueil, tous secteurs confondus, le dénigrement, les humiliations et les insultes arrivent en tête (47 %), devant la pression excessive (43 %), les incivilités (32 %) et la mise à l’écart (29 %). Les comportements sexistes ou sexuels et les ambiances sexualisées font partie des comportements les plus représentés pour 43 % des cellules de recueil. Le dénigrement et la pression dominent les signalements dans presque tous les secteurs, avec des niveaux particulièrement élevés dans la santé, le médico-social et l’hôtellerie-restauration. Le BTP, l’industrie et le transport se distinguent davantage par les comportements sexistes ou les ambiances de travail sexualisées.
« La force de la représentation des comportements de « mise à l’écart » dans les signalements montre bien la souffrance générée par les comportements par omission. Souvent nous avons en tête les effets générés par les comportements hostiles saillants (comportements par commission), mais ce chiffre de 29 %, qui classe les comportements de mise à l’écart au 4e rang des comportements signalés tous secteurs confondus, renvoie la réalité de notre fonctionnement psychique : l’absence d’un comportement attendu est tout aussi délétère que la présence d’un comportement inattendu. (…) Pris de façon unitaire ces comportements ne sont pas fautifs en tant que tels mais ils génèrent un sentiment d’inexistence insupportable et leur répétition peut conduire à qualifier une « négligence » (notamment managériale) inadaptée. »
Anne-Sophie Chéron
Côté salariés, la nature des comportements vécus varie fortement selon les métiers : la pression domine dans la santé et le médico-social, tandis que les incivilités atteignent leurs niveaux les plus élevés dans l’hôtellerie-restauration et le commerce. Les agressions physiques restent minoritaires mais sont deux fois plus fréquentes dans la santé que dans l’ensemble des secteurs. Pour le détail secteur par secteur des différents comportements, se reporter au communiqué de l’éditeur.
Des alertes en hausse continue depuis trois ans
82 % des professionnels constatent une hausse des signalements par rapport à il y a trois ans, dont 34 % une hausse forte ; seuls 6 % observent une baisse. Cette progression ne traduit pas mécaniquement une aggravation du harcèlement : elle reflète aussi une parole qui se libère, une meilleure information et la montée en puissance des dispositifs internes. Elle est particulièrement marquée dans l’hôtellerie-restauration (88 % des professionnels interrogés la rapportent en hausse), la santé et le médico-social (87 %). Même dans le numérique, l’industrie ou la banque-assurance, plus des trois quarts des professionnels constatent une augmentation des alertes.
« Paradoxalement, la hausse des signalements est une bonne nouvelle : elle signe une parole qui se libère et des dispositifs qui commencent à faire leur travail. Mais l’essentiel se joue en amont et en aval de l’alerte. En amont, il faut des canaux d’écoute clairement identifiés, protecteurs, dans lesquels le salarié n’a pas le sentiment de prendre des risques. En aval, il faut traiter chaque situation avec rigueur et méthode, car une enquête mal conduite peut faire autant de dégâts qu’un silence. »
Anne-Sophie Chéron
Partie 3 – Les freins au signalement
Malgré cette hausse, 46 % des cellules de recueil estiment que moins d’une situation problématique sur quatre fait effectivement l’objet d’un signalement formel ou informel auprès d’un interlocuteur compétent : le vécu des salariés et la réalité des alertes internes ne se recouvrent que très partiellement.
La loi du silence : un salarié sur trois n’oserait pas signaler. Interrogés sur leur capacité à réagir s’ils étaient personnellement victimes d’une situation grave et répétée, 31 % des salariés estiment qu’ils n’oseraient probablement ou certainement pas la signaler, à leur employeur, aux RH, à un représentant du personnel ou à une autorité extérieure. La réticence est la plus forte là où l’exposition l’est aussi : hôtellerie-restauration (38 %) et médico-social (37 %).
Parmi ceux qui hésiteraient, deux freins dominent nettement : la peur des conséquences sur la carrière (46 %) et le sentiment qu’un signalement ne changerait rien (42 %). Viennent ensuite la crainte de représailles de la personne concernée (37 %), la peur de ne pas être cru, la peur de perdre son emploi (24 %) et le fait de ne pas savoir à qui s’adresser (20 %). Les freins diffèrent selon les univers : la peur pour la carrière ressort dans la banque-finance et le numérique, la crainte de perdre son emploi pèse davantage dans l’hôtellerie-restauration, le BTP, le commerce et le transport, et dans l’administration et l’enseignement domine le sentiment qu’un signalement ne changerait rien.
La peur de ne pas être cru pointe la question des preuves et des témoins : une part des comportements inadaptés, en particulier sur les aspects sexuels, se soustraient à la vue et aux oreilles du collectif. La peur d’être mis à l’écart après un signalement met en exergue la question des clans : même lorsque les comportements sont caractérisés et le mis en cause écarté, il faut traiter la question des alliances pour que la victime retrouve un environnement apaisé sans subir de harcèlement de représailles par des figures de substitution.
Le communiqué d’origine contient en outre des tableaux détaillés secteur par secteur, non repris ici intégralement.
