Communiqué de presse — Paris, le 14 septembre 2026
À force de traiter le stress, l’anxiété ou l’épuisement comme des fragilités individuelles, ne passe-t-on pas à côté de ce qui, dans l’organisation même du travail, rend malade ? C’est la question posée par une nouvelle enquête nationale menée par BuzzPress pour le cabinet Santé du Dirigeant, auprès de 3 916 personnes (2 801 salariés et 1 115 dirigeants, indépendants et représentants du personnel), réalisée entre le 28 août et le 4 septembre 2026.
L’enquête révèle un décalage saisissant entre les deux populations, mais aussi une conviction largement partagée : prévenir durablement l’épuisement suppose de ne plus seulement aider les individus à tenir, mais de questionner aussi la charge, l’organisation, le management et les moyens de travail. Une problématique au cœur du nouveau livre de Noémie Guerrin, Santé mentale au travail : il est temps de passer à l’action !
« Depuis des années, on demande aux personnes de mieux gérer leur stress, de devenir plus résilientes, de méditer ou d’apprendre à tenir davantage. Mais si l’organisation du travail reste pathogène, jusqu’où peut-on demander aux individus de s’adapter ? C’est toute la question : faut-il soigner les gens ou soigner le travail ? Et cette interrogation ne concerne pas seulement les salariés, car la souffrance au travail ne s’arrête pas à la fiche de paie. Un dirigeant peut lui aussi s’épuiser, s’isoler et craquer, parfois avec encore moins de possibilités de l’avouer », explique Noémie Guerrin, fondatrice de Santé du Dirigeant.
Le burn-out, une reconnaissance encore floue et réclamée
Interrogés sur la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle, les répondants se montrent largement mal informés : 23 % des salariés croient à tort qu’il est déjà reconnu et inscrit dans un tableau officiel, alors qu’en France il n’y figure nulle part et n’est indemnisé qu’au compte-gouttes. Les dirigeants sont un peu mieux informés (39 % savent qu’il n’est pas reconnu, contre 23 % des salariés).
Le constat est clair : 87 % des salariés veulent que le burn-out soit reconnu comme maladie professionnelle, dont 46 % en réclamant l’inscription pure et simple dans les tableaux officiels. Côté dirigeants, l’adhésion existe mais s’accompagne d’une nette méfiance : ils sont cinq fois plus nombreux que les salariés à craindre une augmentation des abus et des fraudes (15 % contre 3 %).
Traiter les symptômes ou bien les causes ?
Un tiers des salariés (34 %) considère que leur entreprise ne fait tout simplement rien contre l’épuisement professionnel — un constat que ne partagent que 6 % des dirigeants. Et quand les entreprises agissent, les salariés les voient d’abord intervenir sur les individus (ateliers bien-être, méditation, soutien psychologique : 28 %), plutôt que sur la charge, l’organisation et le management (17 %). Les dirigeants, eux, estiment majoritairement agir sur les deux leviers à la fois (39 %).
Paradoxalement, salariés et dirigeants désignent le même coupable : le travail lui-même. 84 % des salariés et 83 % des dirigeants souhaitent agir sur l’organisation du travail, exclusivement ou à parts égales avec l’accompagnement des personnes. Pour près d’un salarié sur deux (47 %), c’est la charge, l’organisation ou le management qu’il faut réformer en priorité, loin devant l’accompagnement individuel (13 %) — un diagnostic partagé par les dirigeants (42 %).
Un dirigeant sur deux cacherait qu’il craque
L’épuisement reste un tabou que beaucoup préfèrent cacher : 68 % des salariés n’oseraient pas en parler ou préféreraient le taire, contre 49 % des dirigeants qui préféreraient aussi le cacher. Les salariés craignent avant tout d’être licenciés (45 %) ou perçus comme fragiles (41 %). Chez les dirigeants, la survie du poste passe au second plan : près d’un sur deux (48 %) redoute surtout qu’un aveu de faiblesse fasse fuir clients, salariés ou banquiers.
60 % des dirigeants déclarent être incapables de s’arrêter une semaine sans mettre leur activité en danger : 37 % estiment que personne ne pourrait les remplacer et 23 % que leur entreprise ou leurs revenus seraient menacés. À l’inverse, un salarié sur quatre pense que tout continuerait sans lui.
Dirigeants : un accès à la santé au travail méconnu et un isolement marqué
79 % des salariés et 94 % des dirigeants jugent anormal qu’un chef d’entreprise épuisé ne soit pas protégé comme un salarié. Une première solution existe pourtant depuis une loi de 2021 permettant à un travailleur indépendant ou un chef d’entreprise de bénéficier d’un suivi par la médecine du travail : elle reste inconnue de 79 % des dirigeants, et parmi ceux qui la connaissent, à peine 6 % y ont recours.
19 % des dirigeants avouent n’avoir personne à qui parler en cas de détresse psychologique, soit plus du double des salariés (8 %). Quand ils cherchent un appui, c’est d’abord la sphère privée qui est privilégiée (58 %), puis le médecin traitant (47 %) — rarement le monde du travail : seuls 12 % des dirigeants songeraient au médecin du travail, contre 32 % des salariés.
Un rapport parlementaire resté sans publication
L’enquête s’intéresse enfin au sort d’un rapport parlementaire issu de cinq mois de travail et de 45 auditions sur la souffrance au travail, rejeté en bloc le 8 juillet 2026, ce qui empêche sa publication et son débat public. Pour les salariés (46 %) comme pour les dirigeants (49 %), un travail parlementaire de cette ampleur ne devrait jamais pouvoir être enterré ; en ajoutant ceux qui jugent la décision « regrettable », près de deux tiers des répondants la trouvent problématique. Fait marquant : 35 % des salariés découvrent cet épisode en répondant à l’enquête.
Enquête réalisée en ligne par BuzzPress pour Santé du Dirigeant, du 28 août au 4 septembre 2026, auprès de 3 916 personnes : 2 801 salariés (échantillon constitué selon la méthode des quotas et redressé sur les données de l’INSEE) et 1 115 dirigeants, indépendants et représentants du personnel, stratifiés par fonction.
