À l’heure où l’enseignement supérieur privé connaît une expansion rapide, le Céreq interroge les liens entre secteur de formation (public ou privé) et conditions d’entrée dans la vie active. S’appuyant sur l’enquête 2024 auprès de la Génération 2021, Fanette Merlin (socio-économiste) et Alexie Robert (économiste statisticienne) publient une analyse inédite comparant les trajectoires professionnelles des sortants du secondaire et de l’enseignement supérieur, selon les caractéristiques des jeunes, les formations suivies et le recours à l’alternance.
Éléments clés à retenir
Un tiers des sortants sont issus du privé : 31 % des jeunes de la Génération 2021 ont achevé leurs études dans le privé (19 % en alternance, 12 % par voie scolaire). L’essor des bachelors et mastères est marqué : entre les générations 2017 et 2021, le nombre de sortants d’une formation intitulée « bachelor » ou « mastère » a été multiplié respectivement par 2,7 et 2,8.
Deux profils sociaux contrastés se dessinent : le privé par voie scolaire accueille des jeunes socialement plus favorisés que le public. Pour les alternants, cette différence est moins prononcée. Enfin, les écarts sont en trompe-l’œil : les apparents bénéfices du privé en matière de salaire, d’accès à l’emploi ou à l’EDI (emploi à durée indéterminée) s’expliquent pour l’essentiel par l’origine sociale, le parcours scolaire antérieur et le recours massif à l’alternance dans le privé.
Bachelors, mastères et alternance, moteurs de l’essor du privé
La dynamique du privé est particulièrement forte dans l’enseignement supérieur. Les bachelors, mastères et MBA concentrent une part importante de l’offre privée. Entre les enquêtes Génération 2017 et Génération 2021, le nombre de jeunes sortant de ces formations a été multiplié par près de trois. Au sein de la Génération 2021, les alternants du privé représentent à eux seuls 19 % des sortants du système éducatif, contre 14 % pour les alternants du secteur public. Cette surreprésentation se retrouve à tous les niveaux de formation.
Un enseignement privé scolaire plus favorisé socialement
Dans le secondaire, 25 % des élèves du privé scolaire ont au moins un parent diplômé du supérieur, contre 18 % dans le public. Dans le supérieur long, cette proportion atteint 71 % dans le privé contre 60 % dans le public. Les jeunes du privé résident également moins souvent dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. En revanche, ces écarts sont beaucoup moins marqués dans les formations suivies en alternance : dans certains cas, notamment dans le supérieur court, les alternants du privé présentent même un profil social moins favorisé que leurs homologues du public.
Des écarts qui s’expliquent en grande partie par les parcours et les profils
Trois ans après leur sortie du système éducatif, 73 % des jeunes issus du secondaire privé sont en emploi, contre 60 % de ceux issus du public. L’écart initial de 13 points se réduit à 3 points lorsque sont pris en compte le profil sociodémographique, le parcours scolaire et le recours à l’alternance. L’avantage du privé disparaît aussi pour la plupart des autres indicateurs d’insertion.
Dans le supérieur court, l’écart d’accès à l’emploi entre privé et public (80 % contre 76 %) n’est plus significatif lorsque l’origine sociale et le parcours scolaire sont pris en compte. Une fois intégrées dans l’analyse les caractéristiques des jeunes, les formations suivies et le recours à l’alternance, les diplômés du public présentent même une probabilité plus élevée d’accéder à un CDI et bénéficient de salaires plus élevés au premier emploi.
Dans le supérieur long, les écarts observés en faveur du privé sur l’emploi durable et le salaire disparaissent après prise en compte du parcours scolaire. Une fois l’alternance intégrée, les sortants du privé accèdent même moins souvent à l’emploi que ceux du public.
Le statut privé ou public de l’établissement explique donc moins les débuts de carrière que les caractéristiques des étudiants, la nature des formations suivies et la place de l’alternance dans les parcours. Face à la forte croissance de l’enseignement supérieur privé, notamment lucratif, les auteures rappellent l’intérêt d’une meilleure mise à disposition des données du secteur privé auprès de la statistique publique, afin de disposer d’outils d’observation et d’évaluation plus robustes.
Source : Fanette Merlin, Alexie Robert, « Public, privé : ce qui fait vraiment la différence à l’insertion », Céreq Bref n° 490, 2026. Communiqué de presse Céreq, diffusé le 15 septembre 2026.
