Loin de l’image d’une jeunesse désengagée, les jeunes en emploi déclarent majoritairement des niveaux élevés de satisfaction et d’épanouissement professionnel. Mais l’enquête 2023 du Céreq auprès de la Génération 2017 révèle un paradoxe : une part significative d’entre eux, y compris parmi les plus épanouis, cherche parallèlement un autre poste ou envisage une réorientation. Issu d’une recherche collective soutenue par l’INJEP, ce Céreq Bref propose trois pistes pour l’expliquer : la rigidité du système éducatif français, la diffusion des normes de flexibilité de l’emploi et la dégradation des conditions de travail en début de carrière.
Éléments clés à retenir
Un désir de mobilité massif : plus d’1 jeune actif sur 5 cherche un autre emploi en parallèle du sien, et 36 % souhaitent se réorienter. Un engagement moindre : seuls 23 % commencent des démarches et 4 % voient leur projet aboutir. Changer de métier avant tout : 92 % des démarches visent un changement de métier, 84 % un changement de secteur. Une insécurité professionnelle diffuse : 1 jeune de moins de 25 ans sur 4 craint de perdre son emploi dans l’année.
Satisfaits, mais nombreux à vouloir partir
Les jeunes en emploi affichent des niveaux élevés de satisfaction, d’épanouissement et d’optimisme professionnel. Pourtant, plus d’un jeune actif sur cinq cherche un autre emploi en parallèle de celui qu’il exerce.
Un système éducatif rigide, un marché du travail flexibilisé
La jeunesse française reste soumise à une forte pression à « se placer » tôt et durablement, via des choix d’études précoces et déterminants qui laissent peu de place au tâtonnement. Dans ce contexte, la reconversion peut devenir une manière de reprendre la main sur un parcours vécu comme trop contraint. Parallèlement, bien que plus diplômés, les jeunes restent surexposés aux contrats précaires, au temps partiel subi et au chômage. Premiers concernés par la flexibilisation de l’emploi, ils ont intériorisé de nouvelles normes de mobilité professionnelle, loin du modèle de carrière stable connu par leurs parents.
Des conditions de travail dégradées en début de carrière
Les jeunes actifs sont surreprésentés dans les métiers les plus pénibles : contraintes physiques, faible autonomie, insécurité professionnelle. Ces conditions fragilisent ainsi les inégalités entre jeunes capables de concrétiser leurs aspirations à la mobilité et ceux pour qui elles restent hors d’atteinte.
Source : « Des jeunes actifs satisfaits mais en quête d’ailleurs : les ressorts d’un paradoxe », Maëlezig Bigi, Dominique Méda, Élise Tenret, Élise Verley, Céreq Bref n° 489, 2026.
