La France est-elle en train de gâcher son potentiel humain ? (Association Neurodivergence)

Dans un contexte marqué par les difficultés de recrutement, les tensions sur les compétences, les défis liés à l’innovation et les profondes transformations économiques, les organisations recherchent plus que jamais de nouveaux talents et de nouvelles façons de penser. Pourtant, de nombreuses personnes continuent de rencontrer des obstacles tout au long de leur parcours scolaire, universitaire ou professionnel, non pas en raison d’un manque de compétences, mais parce que leur manière d’apprendre, de raisonner ou de travailler s’écarte des normes habituellement attendues. Mais une autre question mérite peut-être d’être posée : et si une partie du potentiel humain restait encore insuffisamment identifiée, développée ou valorisée ?

Sans remettre en cause les connaissances scientifiques actuelles, l’Association Neurodivergence invite à ouvrir une réflexion sur la manière dont nos systèmes éducatifs, professionnels et institutionnels influencent l’expression des talents et des différents fonctionnements cognitifs.

Le potentiel humain ne se résume pas aux parcours traditionnels

La réussite scolaire, les diplômes, les expériences professionnelles ou les parcours linéaires restent encore largement utilisés pour évaluer le potentiel d’une personne. Ces repères sont utiles. Ils ne permettent cependant pas toujours d’identifier toutes les formes d’intelligence, de créativité, de raisonnement ou de résolution de problèmes. Certaines personnes développent leurs compétences selon des trajectoires moins conventionnelles. D’autres voient leurs capacités insuffisamment reconnues parce qu’elles s’expriment différemment des attentes habituelles.

Pourquoi certains potentiels restent-ils invisibles ?

L’école, les modalités de recrutement, les concours, les évaluations ou encore les organisations reposent nécessairement sur des règles, des critères et des référentiels communs. Ces repères sont indispensables pour garantir l’équité, comparer des situations ou prendre des décisions. Ils permettent toutefois plus facilement d’identifier certains parcours, certaines compétences ou certaines formes de réussite que d’autres. Les personnes dont les trajectoires sont moins conventionnelles, dont les compétences sont transversales, ou dont les façons d’apprendre, de raisonner, de communiquer ou de résoudre des problèmes diffèrent des attentes habituellement valorisées, peuvent ainsi rencontrer davantage de difficultés à voir leur potentiel pleinement reconnu.

La question ne consiste donc pas à remettre en cause ces repères. Elle invite plutôt à s’interroger sur leur capacité à identifier toute la diversité des talents dont notre société dispose déjà.

Une question qui dépasse largement la neurodivergence

Cette réflexion ne concerne pas uniquement les personnes neurodivergentes. Elle interroge plus largement notre capacité collective à identifier, développer et valoriser l’ensemble du capital humain disponible. Dans une économie fondée sur la connaissance, la recherche, l’innovation et l’adaptation permanente, les capacités d’apprentissage, de coopération, d’innovation et d’adaptation deviennent des facteurs majeurs de compétitivité. La diversité des façons de penser constitue, dans ce contexte, un levier stratégique pour les organisations comme pour les États.

Lorsqu’un potentiel reste durablement inexploité, ce n’est pas seulement une perte pour la personne concernée. C’est également une ressource dont une organisation, un territoire ou une société ne bénéficieront jamais pleinement. Certaines personnes rencontrent des difficultés durables d’accès ou de maintien dans l’emploi, tandis que d’autres choisissent de poursuivre leur parcours dans des environnements où leurs compétences leur semblent davantage reconnues, à l’étranger par exemple. Cette réalité invite à s’interroger sur la manière dont notre société mobilise son capital humain. Au-delà des parcours individuels, cette réflexion concerne également les politiques publiques en matière d’éducation, d’emploi, de recherche, d’innovation, de compétitivité et de développement des compétences.

Investir dans le potentiel humain

Le potentiel ne disparaît pas parce qu’il est méconnu. Il reste parfois inexploité. Mieux comprendre la diversité des fonctionnements cognitifs ne constitue donc pas uniquement un enjeu d’inclusion. C’est également une réflexion sur la manière dont une société prépare son avenir, développe ses compétences et renforce sa capacité d’adaptation et d’innovation.

Une réflexion pour l’avenir

À mesure que les défis économiques, technologiques, environnementaux et sociétaux deviennent plus complexes, la question du potentiel humain prend une importance croissante et capitale. Comprendre comment mieux identifier, accompagner et valoriser la diversité des talents pourrait constituer l’un des leviers majeurs des transformations à venir.

« Une société n’appauvrit pas seulement son potentiel lorsqu’elle manque de talents. Elle peut aussi s’appauvrir lorsqu’elle ne reconnaît pas toutes les formes de talent qui existent déjà. »
— Aurélie Vasselin, Fondatrice et Présidente de l’Association Neurodivergence

Pour ouvrir la réflexion

Cette réflexion s’inscrit dans une démarche visant à mieux comprendre les conditions qui permettent à chacun d’exprimer pleinement son potentiel, quelles que soient ses particularités cognitives ou son parcours. Elle propose d’explorer quatre niveaux complémentaires :

  • Les potentiels humains — la diversité des compétences, des modes de raisonnement, des capacités d’apprentissage, de création, d’innovation et de résolution de problèmes présents au sein de la population.
  • Les systèmes — les environnements éducatifs, professionnels, institutionnels et sociaux qui favorisent, limitent ou orientent l’expression de ces potentiels.
  • Les interactions — les mécanismes qui permettent à certains talents d’émerger… tandis que d’autres demeurent insuffisamment identifiés, reconnus ou développés.
  • Les leviers d’évolution — les pratiques et les politiques susceptibles de mieux prendre en compte la diversité des fonctionnements humains afin de renforcer l’inclusion, l’innovation, la compétitivité et le développement des compétences.

Cette approche ne cherche ni à opposer les différents profils cognitifs, ni à remettre en cause les critères actuels de sélection, d’évaluation ou de formation. Elle invite à réfléchir à la manière dont une meilleure compréhension de la diversité cognitive pourrait contribuer à révéler davantage de talents et à renforcer durablement le potentiel collectif.

La véritable question n’est peut-être pas de savoir si la France dispose des talents nécessaires pour relever les défis de demain, mais si ses systèmes permettent réellement d’identifier, de développer et de mobiliser toute la diversité du capital humain dont elle dispose déjà.

À propos

L’association Neurodivergence, reconnue d’intérêt général, valorise les diversités cognitives et œuvre à leur inclusion, la neurodiversité et la neuroinclusion, dans toutes les sphères de vie : personnelle, familiale, sociale et professionnelle.